Remi Chapeaublanc | Photographer

Ces petits matins… de la maison Kazakh

Il est encore trop tôt, la lumière du soleil n’a même pas illuminé ces minuscules fenêtres, plantés au milieu de ce gros mur de terre. J’entrouvre à peine les yeux, blottis dans mon duvet de montagne encore chaud, que là mère de famille réanime déjà le feu dans le poêle.

Ce poêle planté au milieu de la pièce est comme le coeur de cette maison. On y insère toute la journée l’unique combustible que l’on trouve ici : les bouses de yak séchées, de l’année dernière. Ce poêle aux aires mystique permet à cette maison d’être un lieu de vie. Alors que dehors, le froid glacial a profité de la nuit pour gagner du terrain, formant à la base des petites fenêtres – à l’intérieur de la maison – un bon centimètre de glace.

Ces petites fenêtres, au nombre de 4 pour toute la maison, je les aime bien. Elles apportent de la lumière, mais surtout, elles me donnent tous les matins un nouveau dessin abstrait à contempler.

Ces petits matins de la maison kazakh

Pendant que Hundiz – la plus jeune de la famille – crie, hurle et joue à mettre ses mains sur les vitres givrés pour y laisser la trace de sa main, je songe doucement à m’extirper de mon duvet, bien trop chaud pour en sortir tout de suite.

C’est un de ces matins, comme tous les autres ici, où rien ne vous oblige à sortir « maintenant » de la douceur de la nuit, 10 minutes de plus ne feront de mal à personne. Voyant toute la famille déjà debout, je me force à ouvrir la fermeture éclaire, qui laissera inévitablement rentrer ce petit frisson saisissant. Pas si mauvais que ça le petit frisson, car c’est lui qui m’oblige à m’habiller des quelques couches de vêtements qui ne quitteront pas ma peau de la journée.

Je me lève et rejoins tout le monde autour de la table familiale, pour y boire un thé au lait brûlant et manger de petits cailloux.

On mange des petits cailloux

Ça, c’est ce qu’ils appellent du fromage. Moi j’appelle ça des petits cailloux. Ça a la couleur d’un silex, ça a la forme d’un silex, ça a la solidité d’un silex, seul peut être le goût diffère ? Je me pose cette question car sincèrement je n’ai jamais goûté de silex.

Ce fromage est tellement dur, que même eux le laissent tremper dans leur thé pour réussir à y grignoter de petits morceaux.

Je me console avec leurs petits morceaux de pain fris, sur lesquels je mets un peu de beurre de yak. Ce que j’aime avec le beurre maison, c’est que dans chaque famille il a un gout différent, celui-ci est très légèrement salé avec une pointe d’acidité.

On sort les moutons

On termine de s’habiller, j’enfile mes 2 ou 3 paires de gant puis l’indispensable bonnet ou chapeau de fourrure. Le soleil est levé, il est 8h37, l’heure parfaite pour aller sortir les moutons, pendant que la mère – comme tous les matins – trait les yak devant la maison.

2 commentaires

Sur la première photo, j’ai cru qu’il y avait comme un vitrail ! C’est beau ce givre. La lumière du matin, doit être magique. Merci de n’avoir pas tout gardé amoureusement pour toi finalement :)

Écrit par Pulesjageot, il y a 5 ans Répondre

Merci pour le partage effectivement.
Des beaux textes avec de très belles photos… (précédemment certains évoquaient la possibilité de sortir un ouvrage, je pense que c’est le cas).

Tes photos de Mongolie me font penser à ce que l’on voit/vit au Kirghizistan.
Je pense que nous aurons certains souvenirs identiques, sauf que toi tes photos elles ne sont pas pourries ;)

Écrit par Franck C., il y a 5 ans Répondre

[…] : si vous aimez le froid, l’aventure (humaine), le givre sur les fenêtres (pour le coup j’ai tout de suite pensé à lui), et la Mongolie, allez faire un tour sur […]

Écrit par across the border » Comme qui dirait, ça caille !, il y a 4 ans Répondre

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