Remi Chapeaublanc | Photographer

Bienvenue chez les Kujanov

La famille Kujanov, c’est cette modeste petite maison, ce chien, les deux chatons, les poules, la vache, les deux fils aînés qui ne vivent plus ici et les 4 personnes que vous voyez sur la photo. Le barbus avec le pantalon dégueulasse, c’est moi.

Alors que je m’apprêtais à chercher un endroit où poser ma tente pour la nuit, j’ai remarqué (sur mes vieilles cartes Russes) qu’il y avait un petit village pas très loin. Allons-y, sait-on jamais. Le lieu en question faisait froid dans le dos : un village qui a l’air abandonné, mais où tu distingues certaines traces de vie qui te font dire qu’il est bel et bien habité. Un délicieux mélange entre un village fantôme tiré d’un bon Western, un village bien campagnard du Nord de la France et un site industriel Russe laissé à l’abandon. Vous voyez le genre ?

J’aperçois un homme qui ramène ses vaches pour le soir, il faut mine ne pas m’avoir vu et continu tête baissée. Des gamins jouent un peu plus loin avec leurs vélos, je m’arrête, ils m’observent, je les observe, puis ils continuent à jouer. J’ai particulièrement l’impression de m’être trompé d’époque avec ma machine à remonter le temps et je reste là à les regarder jouer. Au bout d’un moment, je les appelle, ils hésitent un moment et viennent finalement me voir.
On ne parle évidemment aucune langue en commun, mais je montre du doigt mon petit carnet magique et plus précisément la phrase « Вы знаете, где я могу спать? » qui veut approximativement dire « Savez-vous où je peux dormir ? »

Le plus grand me fait non de la tête et discute avec ses 2 potes… finalement il enfourche son vélo et me fait signe de le suivre. Après quelques chemins boueux, on arrive devant une petite maison. Il jette son vélo à terre, me fait signe d’attendre et rentre en trombe dans la maison. Il en ressort 2 minutes plus tard avec sa mère à la main, la suppliant avec insistance de me laisser dormir chez eux, comme si j’étais un petit chaton abandonné. Je retire donc mon casque et la salue de la tête, avec mon plus beau sourire. Elle m’observe… regarde son fils, me sourie et me fait signe de rentrer la moto par l’autre côté.

Bienvenue chez les Kujanov.

Bienvenue chez les Kujanov

La soirée était très marrante, à essayer de se parler dans des langues qui n’ont absolument rien en commun. Finalement le mime et les expressions de visage restent toujours les meilleures solutions. J’ai été gavé de nourriture pour au moins 6 jours, car à chaque fois que le père me disait « MANGE! » j’avais vaguement l’impression que c’était un ordre. D’ailleurs j’avoue, le boeuf aux patates du petit-déjeuné a eu un peu de mal à passer.

Merci beaucoup à toi petit Azamat Kujanov, merci à vous 4 qui ne lirez surement jamais ces quelques lignes.

2 commentaires

Je suis sur mon imac, la télé écran plat allumé, mon ipad en train de se recharger.

Un sms arrive sur mon iphone : « Tu es en ou des retouches ? »

Et là, je prend quelques secondes, lis cet article , regarde cette photo et vlan, je me prend une claque.

Deux mondes s’affrontent et je ne sais pas pourquoi, cela me laisse perplexe.

Sans ton aventure, on aurait pas connu ces gens. Je suis de ceux qui pensent qu’il est dommage que chaque être humain ne laisse pas au moins une trace.

Écrit par Emmanuel, il y a 5 ans Répondre

Oui, le MANGE peut être perçu comme un ordre, mais c’est toujours pour te faire plaisir qu’on te le dit. Le plus dur à supporter, c’est plutôt le BOIS…

Écrit par Franck C., il y a 5 ans Répondre

[…] l’étape chez les Kujanov, il me restait théoriquement 2 jours de route pour rejoindre Astana – mon point de relais […]

Écrit par Premier matin de glace | Portraits Kazakhs, il y a 5 ans Répondre

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